Souvenez-vous une des premières pérégrinations que je vous racontais sur le blog ICI, lorsque j'étais partie deux jours dans le montagne, et avait eu droit à mes premiers sacrifices animals.
J'y suis retournée cette semaine pour 4 jours à l'occasion d'un festival inter-écoles. Entendez par là une compétition sportive, ludique et intellectuelle entre les deux seules écoles primaires des
environs, situées à 5 heures de marche l'une de l'autre.
Outre les nuits fraiches, couchée sur le sol au milieu d'une demi-douzaine de religieuses qui se racontent des histoires
de fantômes pour se faire peur, les petits-déjeuners riz/légumes/café local à 5h30, le traditionnel sacrifice de cochon, les confidences discrètes
sous les étoiles de deux petites puces qui me racontent les drames de leur vie..., les visites de familles, il y avait
aussi tout un programme:
Les élèves des deux écoles se sont affrontés, dans une ambiance mémorable:
Courses en sacs de riz (ils sont trés trés rapides, c'est impressionant...et trés drôle!)
Tir à la liane (ben oui, pas de corde dans les environs)
Courses relais
(déguisée en fermières, les filles doivent faire un parcours le plus rapidement possible tout en récoltant les patates douces et les mettant dans leur
panier; les garçons doivent faucher le terrain)
Basket
(les paniers étant deux papas qui ont une hotte tressé sur le dos, et qui se déplacent, trés trés drôle!)
Quiz épellation de mots anglais
Danses traditionnelles
Mais aussi...
- Allumage de feu avec comme seuls outils deux morceaux de bambou (si si, ils y arrivent!)
- Chants
- Bras de fer
- Fabrication de pièges
- Théatre
- Concours de dessins
- Quiz additions
- Quiz culture G (du genre "Qui est la présidente des Philippines?"...!)
Applaudissements et éclats de rire ont fusés pendant 2 jours! Et j'ai eu le droit comme toujours à mon petit discours, en visaya s'il vous plaît.
La remise des prix a fait tout pleins d'heureux puisque chaque enfant a reçu quelques fournitures scolaires, du shampoing, du dentifrice, et des friandises.
Non seulement c'était pour moi une
parenthèse trés reposante puisque j'ai pu me couper des problèmes à gérer pendant quelques jours, mais c'était surtout génial de voir tout ces enfants faire perdurer les traditions de leurs aînés.
A 3 ans ils connaissent déjà le pas de danse si spécifique, à 6 ans les petites filles savent récolter les patates douces, à 12 ans, les garçons savent manier la lance pour tuer les animaux
sauvages. Mais le problème c'est qu'à 16 ans les filles sont enceintes, et à 30 ans les adultes savent à peine lire...
Le lycée le plus proche est à 1h30 de marche de Bagodanon, et à 5 heures de marche de Tagpalico, il est donc évident que ces familles de fermiers, pour qui ce qu'ils cultivent est tout juste bon
pour leur consommation personnelle, n'ont aucun moyen de permettre à leurs enfants d'aller plus loin que l'école primaire. Ils leur faudraient payer une chambre en ville, les frais de scolarité,
fournitures, besoins personnels, nourritures, etc.
C'est pour ca qu'Enfants du Mékong parraine 7 enfants à Bagodanon, et que Melanie, Analysa, et Sheila Mae pourront ainsi entrer au lycée à la prochaine rentrée, ainsi que 11 enfants de Tagpalico
qui sont les seuls du village à avoir continué aprés le primaire.
Je rêve de pouvoir parrainer plus d'enfants dans ces villages, mais d'une part il faut réussir à sélectionner des enfants dont on espère qu'ils n'abandonneront pas en cours de route pour retourner
aider leurs parents, et d'autre part les parrains sont difficiles à trouver...
J'ai
quand même décidé de "recruter" Calito et Resalyn.
< Le premier est 5ème d'une fratrie de 9 enfants, les 4 ainés ont arrêté l'école en primaire, et sont tous fermiers. Calito voudrait aller au lycée, puis
à l'université pour devenir professeur et aller enseigner dans les villages de montagne.
Resalyn a 8 ans, son père s'est cassé le bras il y a 6 mois, mais resté sans soin, son bras est devenu inutile. C'est donc sa femme, mère de 9 enfants, qui
travaille à la ferme. Autant dire qu'ils n'ont pas toujours assez à manger, et surtout pas un centime à consacrer à l'éducation de leurs enfants... >
Calito et Resalyn devraient avoir un parrain le mois prochain j'espère, et HOP, leurs rêves utopiques vont pouvoir devenir des rêves réalisables. Elle est pas belle la vie!
Quatre jours reposants donc, forts en émotion, en échanges, en apprentissages, le tout dans un cadre magnifique, des levers et couchers de soleil comme on en voit rarement, des nuits étoilées
incroyables, le calme, la nature, les lucioles, et les enfants remontant de la rivière.
I will be back again, again and again!
Prenons 23 filleuls entre 7 et 19 ans.
Ajoutons-y leurs frères et soeurs et leurs parents.
Encore un jeune prof, et une volontaire bambou.
Mettons dans des paquets: 10 bouteilles de Coca, 15 kilos de riz, quelques poissons et
un cochon grillé.
Enfournons le tout dans un jeepney.
Et hop on décharge tout ça 20 minutes plus tard sur une plage de galets magnifique.
...c'est parti pour une journée de bonheur et de plaisir pour tous ces bouts d'chou qui vivent toute l'année dans un bidonville en bordure du port
de Surigao, au nord de Mindanao.
Les photos sont surement le meilleur moyen de sentir l'enthousiasme unanime de cette belle journée:
Au programme: baignades, petite présentation avec discours, remerciements, chansons, danses, déjeuner, baignades, sauts dans les
vagues, prises d'assaut des 3 chambres à air de jeepney qui tiennent lieu de bouées, lancé de bonbons, balade sur la colline voisine, baignade, et pour moi en même temps quelques interviews
d'enfants du village d'à côté qui voudraient être parrainés.
Ces petites sorties, organisées en général une fois par an pour nos programmes de parrainage, sont l'occasion pour les filleuls de sortir un peu de leurs quartiers,
de pouvoir jouer ailleurs que dans la rue ou sur les quais de port, de renforcer les liens entre responsables et filleuls, d'avoir un bon repas, de pouvoir
raconter à ses camarades de classe que nous aussi on participe à des trucs sympas, et puis tout simplement d'avoir des souvenirs de jeunesse...!
C'était le 10 octobre dernier, et c'était top!
SEPTEMBRE, bien que ce soit bientôt la fin du premier semestre pour nos étudiants,
on leur a emprunté leurs uniformes le temps d'un délire pour faire nous aussi notre rentrée en même temps que vous!
Eclats de rires bruyants lorsque nous faisons notre entrée sur la terrasse du foyer!
C'est étroit, chaud, trop petit, et méga kitch, mais on adore!!
A noter les détails qui font que nous sommes des étudiantes "
in": les cheveux mouillés pour partir à l'école
et les pin's "
Good Kisser!" ou encore "
I am cute, and you?"
Il y a une semaine arrivait Estelle, "grande" folle d'1m50, qui va prendre la suite de
Clémence pour un an.
On est partie pour 323 jours en tête à tête à Butuan, autant vous dire que ce n'est pas gagné d'avance!! Les pauvres étudiants ne comprennent pas ce qu'il leur
arrive: deux tarées qui hurlent et dansent à tue tête toute la journée...ils m'ont d'ailleurs demandé à 6h43 hier matin, si on avait pas un peu trop bu... Ben non, ils nous suffit de vous voir pour
être de bonne humeur les cocos!!
Et voilà, une page de plus se tourne. Aprés une despedida à la plage, des discours, des messages, des bougies, des larmes, des We love you à gogo, Ate Clem a quitté Butuan dimanche.
Adieux difficiles à l'aéroport, où une pensée ne voulait pas me quitter "C'est toi la
prochaine...!" ARGHHH
v
Vers l'aéroport:
^
Sur le toit d'un jeepney, comme toujours!
Aprés des mois où l'on essaye de les secouer, de les gronder, les embrasser, leur dire de se taire, les serrer dans nos bras, les aider encore plus, leur faire plaisir, les soigner, les écouter,
les connaître, et puis finalement les aimer..., il y a un moment où il faut leur dire simplement
"J'ai été heureuse de partager ce petit bout de vie avec vous, au revoir."
...et ca c'est pas facile, du tout, du tout, du tout...surtout quand ils vous chantent une chanson juste avant d'embarquer les coquins...
C'est qui la prochaine?...c'est bibi!! snif d'avance...